Loin des yeux mais pas du coeur
Ca allait mieux en effet, question bouffe. Ce n'était toujours pas ça mais rien à voir avec ce que c'était. Elle m'a demandé si j'avais envie d'en parler. Mais elle savait déjà que ce n'était pas la bouffe le problème et que ça ne l'avait jamais été. Nous avons commencé à parler de ma boulimie. De façon "technique" au départ comme quand est-ce que ça a commencé, quand est-ce que ça s'est amélioré puis ça a glissé sur le ressenti. Lentement, doucement j'ai commencé à parler. Ce n'était pas facile car je n'avais jamais vraiment mis de mots sur mes émotions. Et d'un coup, je suis restée sans voix un moment. Aucun son ne sortait jusqu'à l'explosion: "je bouffe parce que je suis une salope, une suceuse. Je suis de la merde alors j'avale de la merde jusqu'à en être malade pour me punir". Je me souviens d'avoir dit ça. Je ne me souviens pas de tout le reste. Les mots se bousculaient.
Elle m'a écouté puis, lorsque les mots m'ont manqué, elle m'a parlé. Calmement, doucement. Elle me demandait pourquoi je disais autant d'horreurs sur moi. J'ai répondu que c'était parce que tout le monde me l'avait dit. Qui tout le monde? Elle m'a demandé si je pensais qu'elle passerait près de 2 heures avec moi si j'étais vraiment une merde. Elle m'a dit qu'elle voulait me revoir pour discuter un peu plus si je le souhaitais. Nous avons repris rendez-vous. Nous avons parlé, pas comme de patiente à médecin ou à psy, elle n'est ni l'un ni l'autre d'ailleurs, mais comme 2 êtres humains. Je me sentais quelqu'un avec elle. Qui plus est quelqu'un de bien. Je ne me sentais ni sale, ni coupable, ni honteuse. Elle m'a aidé, guidé, soutenu. Elle m'a montré toute la force qui est en moi. Elle était avec moi, par sms depuis le Danemark, quand j'ai porté plainte pour viol. Elle a suivi tout le processus avec moi.
Et puis l'été dernier, elle a quitté l'association. Mais elle ne m'a pas quittée. Elle m'a reçu chez elle. Jusqu'au jour où j'ai décidé de rentrer en France et où elle a déménagé à Copenhague. Elle m'a fait promettre de lui écrire si ça n'allait pas. Je lui ai écrit, plusieurs semaines après pour lui raconter ma nouvelle vie, mes envies, mes projets, des petits détails personnels et surtout pour lui donner le bilan de cette année passée écoulée avec elle.
Elle m'a répondu. Je ne vous mettrai pas de lien bien sûr, en plus c'est en danois mais sa réponse m'a émue aux larmes. Elle me dit être fière de moi, de mon courage et de ma ténacité, de mon combat pour retrouver une vie normale. Je ne veux pas tout détailler. Je ne sais pas si je mérite autant d'éloges car c'est grâce à elle si je m'en suis sortie, c'est grâce à elle si j'ai porté plainte, grâce à elle que j'ai réalisé que j'avais de nombreux amis qui m'aiment pour moi. Elle a eu ce regard neutre et objectif qui fait avancer, progresser. 2 amis étaient au courant de mes problèmes. Sans eux je ne serai jamais allée voir l'association. Ils ont été d'une aide précieuse mais ils étaient démunis face à mes angoisses. Elle, a su y faire face. Depuis 20 ans qu'elle aidait les femmes, elle savait de quoi il était question, elle connaissait mes réactions. Parce que je n'ai pas été la seule à aller la voir, malheureusement.
Aujourd'hui je veux lui rendre hommage et la remercier pour tout ce qu'elle a fait pour moi et pour toutes les autres, même si je sais qu'elle ne lira sûrement pas ce billet. Elle m'a donné confiance en moi, elle m'a donné la force de me battre et surtout, elle m'a montré que je suis un être humain digne et respectable, que je l'ai toujours été et que je le serai toujours. De tout coeur merci J.
Par Alice aliceinwonderdanmark, Mercredi 27 Fevrier 2008 à 01:15 GMT+2 dans Résilience (article, RSS)







