Aujourd'hui c'est mon anniversaire
J'ai 28 ans aujourd'hui.
Que de choses ont changé depuis 28 ans! Mais moi ce dont je languis c'est d'avoir 30 ans. Pour moi, avoir 30 ans à notre époque c'est comme les 20 ans de nos parents. Croyez bien que dans 2 ans il va y avoir une sacrée fiesta. Vous êtes d'ores et déjà invité(e)s pour le champagne.
Cette année, pour cause de déménagement, ce sera une petite fête dimanche avec quelques ami(e)s proches.
Mais cette année je fête un autre anniversaire. Mes 28 ans sont venus touts seuls. J'ai 28 ans parce que je suis née il y a 28 ans. C'est tout. Il n'y a pas de quoi en être fière ni pas fière. C'est un fait.
L'anniversaire important cette année et qui me suivra toute ma vie me rend ma liberté. C'est moi qui ai agi pour enfin exister, pour vivre.
Il y a un an jour pour jour j'envoyais une plainte auprès du procureur de la République pour viol.
Après 6 ans et demi de dépression, boulimie, 4 overdoses médicamenteuses j'osais enfin porter plainte. Une étape cruciale pour ma reconstruction. Porter plainte c'est parler devant un représentant de la loi d'une chose indicible, une plainte acceptée c'est la reconnaissance que cet indicible est inacceptable et doit être puni. C'est reconnaître la barbarie de la chose. Je l'ai vécu comme une libération.
J'ai parlé de ce viol pour la toute 1ere fois il y a 2 ans. Je n'en pouvais plus. Je voulais mourir, me coucher pour ne plus me réveiller mais dormir n'était plus possible depuis des années.
Je ne remercierai jamais assez l'ami qui m'a écouté le 1er. Je n'aurai jamais cru pouvoir me confier à un ami homme. Nous étions voisins de chambre en cité U à Århus. Il m'a entendue pleurer une nuit et est venu me demander ce que j'avais, si j'avais besoin d'aide. J'ai craqué. Le fait de commencer à en parler dans une langue étrangère m'a aidé à prendre de la distance. Ce fût plus dur en franςais. Aujourd'hui encore peu de mes ami(e)s le savent.C'est pourquoi j'ai attendu avant de déposer plainte. J'ai eu le soutien d'une association de femmes danoise et les conseils du CFCV. Ce n'était pas facile depuis le Danemark. Mais j'y suis arrivée. Je n'ai plus honte, je ne me sens plus du tout sale, plus du tout coupable. J'ai maintenant envie de parler. Se taire c'est mourir et c'est encourager les violeurs à oeuvrer en paix, à maintenir des préjugés inommables.
Non, la victime n'est pas responsable. Jamais. La culpabilité entière et la honte reviennent au violeur. Pourquoi est-ce le seul crime où l'on met le doute sur la victime? Sur sa supposée responsabilité? Jette-t-on le doute sur la victime d'un atttentat terroriste? D'un braquage?D'ailleurs on EST violée. On se fait (par sa propre volonté) tatouer, on se fait mal (soi même), on se fait chier, on se fait la malle mais on ne se fait pas violer. C'est abject.
Et puis non, cela n'arrive pas que la nuit dans des rues désertes. Cela arrive à n'importe quelle fille ou femme, n'importe où, de jour comme de nuit. Souvent l'agresseur est connu de sa victime.
Pour ma part je ne connaissais pas mon violeur. Il m'a suivie en plein 14heures alors que j'étais en plein centre ville, dans une rue bondée.
Il y a aussi l'étiquette qui nous colle à la peau. Non je ne suis pas "la" violée. Je suis moi. Une jeune femme passsionnée de danse, de voyages, qui aime sortir avec ses ami(e)s, rire, avoir du bon temps. J'ai perdu suffisament d'énergie et de temps à cause de cette agression. Je ne supporterai ni les regards suspicieux ni la pitié. Mon viol fait parti de moi mais il n'est pas moi.
J'ai rencontré des monstres qui s'en sont servis contre moi. Je me suis entendue dire que c'est moi qui ai un problème avec les hommes. D'autres commentaires aussi, beaucoup plus durs. Cela m'a fait très mal. D'autant plus que certains venaient d'une femme, au courant de mon histoire par accident.
Ce n'était pas ma 1ere expérience. J'ai subi au collège humiliations et attouchements de la part des garςons de ma classe. J'avais entre 10 et 12 ans. Cela se passait dans la cour dans l'indifférence générale. Je pense que cette expérience à contribué à mon silence après mon viol. Il y a aussi toutes les pressions de la société, les préjugés, le sexisme ambiant, la pornographie affichée librement à tous les coins de rue. Certaines publicités me rappelaient le viol et me le faisait considérer comme normal. C'était mon rôle de me soumettre, moi la femelle, la blonde. Mes non, de toute évidence voulaient dire oui.
Aujourd'hui j'ai perdu tout espoir de retrouver celui qui m'a fait ςa. Mais aujourd'hui je suis vivante. J'ai survécu. Aujourd'hui je n'ai plus peur de parler, je ne baisse plus les yeux, je ne me tape plus dessus après chaque blague sur le viol ou les blondes, aujourd'hui je crache sur leurs auteurs. Aujourd'hui je veux vivre. Vivre pour moi. Sans peur et libre.
Aujourd'hui je ne veux plus que le viol soit un tabou. En France, toutes les 2 heures une femme est violée. Statistiquement, sur toutes les personnes ayant lu mon blog il y en a un bon nombre qui a subi cette horreur. Alors si jamais vous lisez ceci, ne restez pas seule (ou seul. C'est rare mais des hommes aussi en sont victimes). Cherchez de l'aide. Il y a des gens prêts à vous aider, à vous écouter. Il suffit de parler. De toute faςon, tôt ou tard il faut que ςa sorte. C'est bien trop lourd à garder pour soi. Et le plus tôt est le mieux.
Je ne veux pas regretter d'avoir attendu aussi longtemps. C'est fait et je ne peux pas y revenir dessus. Je veux voir l'avenir et je suis heureuse de voir où j'en suis aujourd'hui. Sans vouloir paraître narcissique, je suis fière de moi et de ce que je suis. Je revis.
Par Alice aliceinwonderdanmark, Mercredi 28 Novembre 2007 à 18:50 GMT+2 dans Résilience (article, RSS)







