Don Quichotte par le Bolshoï à Londres
Hier soir avait lieu la 1ere de la série de Don Quichotte. Je ne pouvais pas rater ca!
C'est la 1ere fois que je vois la version du Bolshoï. J'ai été décontenancée un moment par le déroulement de l'action. En effet, la scéne de la Taverne se passe directement aprés le 1er acte. Nous avons donc le prologue, la scène sur la place de la ville au 1er acte, le 2nd acte qui s'ouvre sur la taverne avec le faux suicide de Basile, le camp des gitans, la tempête et le rêve. Ici, Kitri et Basile ne se réfugient pas chez les gitans puisque tout a été arrangé par le faux suicide dans la taverne mais c'est Don Quichotte qui poursuit sa recherche de l'Idéal. A son réveil, de nombreux invités sont en route pour célébrer le mariage de nos 2 jeunes amoureux.
J'ai particulièrement apprécié le prologue, pas trop court, pas trop long, juste ce qu'il faut.
Alexander Petukhov campe un Sancho Panca extrêment convaincant. Le gestuelle rappelle celle de la version Noureev.
Quant à Alexei Loparevich si son Don Quichotte est plus que correct il lui manque à mon sens un brin d'assurance et de fantaisie.
Kitri, Natalia Osipova, a fait une belle prestation. Belle entrée en scène, excellente variation des castagnettes. par contre elle manque en interprétation. C'est trop technique, la coda du dernier acte fait concours avec ses fouettes triples et quadruples. C'est spectaculaire, ca se prête à ce genre de rôle d'accord mais il ne faut pas oublier que c'est un ballet, un art qui exprime des émotions. Je n'ai pas eu ce petit frisson qui fait que l'on se dit "c'est une grande artiste". Tout ce que je peux dire c'est qu'elle est une excellente technicienne, encore sans doute un peu jeune (ou trop concentrées sur comment ne pas me ramasser dans mes sextuples pirouettes ) pour exprimer ses émotions sur scène. Elle a d'ailleurs accordé une interview à la revue Dance Now où elle raconte son souhait de devenir gymnaste, pas du tout danseuse. Un accident au dos à 7 ans ne lui a pas permis de continuer la gymnastique mais la danse lui était autorisée. Sa mère l'a poussée à faire de la danse malgré son désintérêt pour cette discipline et ce n'est que tardivement, vers 14-15 ans qu'elle a commencé à aimer grâce à son 1er spectacle sur la scéne du Bolshoï avec l'école de danse. Elle nous confie avoir eu des avantages grâce à la gym: souplesse notamment mais aussi des difficultés et reconnaît être parfois trop sportive dans sa danse, de privilégier la performance à l'art et au jeu d'acteur. Elle dit que c'est une de ses priorités car cela fait partie du métier et qu'elle est aussi passionnée d'art dramatique.
Je ne peux que lui souhaiter d'améliorer sa part artistique. Elle sera alors une très très grande danseuse.
Basile, Ivan Vasiliev est impressionnant de technique, sa scène du suicide est comique et réussie à souhait. Les portés des pas de deux sont époustouflants, surtout les portés à la 2nde. Pourtant, il manque quelque chose au couple. Cela vient peut-être de la chorégraphie, je ne sais pas quelles consignes les danseurs ont recues concernant les scénes de mime mais on n'a pas vraiment l'impression qu'ils jouent à se rendre jaloux, qu'ils s'aiment. C'est correct mais ca ne "prend pas aux tripes".
Espada, Artem Shpilevski, est merveilleux tout au long du ballet. Il a une vraie présence assortie d'une solide technique. Le jeu de cape est parfait pourtant ce n'est pas simple. C'est la 1ere fois que je vois une chorégraphie aussi compliquée avec la cape.
La danse des toreadors est extrêmement bien concue.
Anastasia Yatsenko (danseuse de rue) et Irina Zibrova (Mercedes) tirent leur épingle du jeu avec brio et fougue.
Ekatarina Shipulina est merveilleuse en Reine des Dryades. Sa variation ne reprend pas la chorégraphie que l'on connait aussi du Corsaire, elle danse l'autre version que l'on voit assez rarement.
Nina Kapsova est LE Cupidon type, espiègle à souhait. Un vrai bonheur.
A noter 2 demoiselles d'honneur au mariage. 1ere variation interprétée par Ekatarina Krysanova. Je n'aime pas la chorégraphie. Je préfére de loin celle de Noureev (immortalisée par Fanny Fiat ) par contre je reconnais les qualités de la danseuse.
La 2eme variation, la valse, est délicieusement dansée par Nelli Kobakhidze.
Le corps de ballet est visiblement en forme et heureux de danser. Ils ont tous et toutes la fougue et le feu des pays du sud et sont convaincants en espagnols jusqu'au bout des ongles.
Beaucoup de rôles de demi-solistes et de caractère dans cette version avec par exemple une danse espagnole pour 3 danseuses et une danse gitane.
Un beau spectacle donc et une très bonne soirée comme on aimerait en avoir plus souvent.
Un mot sur le public. Je ne sais pas quel public vient assister à un ballet en plein mois d'aout à Londres mais à mon avis beaucoup n'avait pas vu grand chose auparavant. Je veux bien que les sauts de Artem et les tours de Natalia soit impressionants mais de la à faire des "OOOOOHHHH" et des "AAAAHHHHH" à tire-larigot il y a quand même des limites. A quand civiére et kit cardiaque pour chaque spectateur?


Par Alice aliceinwonderdanmark, Samedi 11 Aout 2007 à 17:45 GMT+2 dans Critiques/Review (article, RSS)







